En octobre 1930, le ministre des Affaires étrangères, Aristide Briand (1862 – 1932) informait le directeur de la Manufacture des Gobelins de l’intention de son ministère de charger les Gobelins de l’exécution d’une tapisserie destinée à la décoration du palais de la Société des Nations à Genève, alors en construction.
En 1933. on demanda au peintre normand Othon Friesz d’étudier un projet sur le thème La Paix offre aux peuples et aux nations les moyens de connaître la joie de vivre. L’artiste se mit au travail, semble-t-il sans grand enthousiasme, déjà inquiet par la conjoncture politique des années 33-34 et la montée d’Hitler et de Mussolini. « J’ai donc mis un paratonnerre sur mon atelier pour aller chercher un sujet tel que la Paix », dit-il à un ami.
La maquette fut terminée le 23 janvier 1935. Le journaliste Jean Pédron, dans un article paru ce même mois de janvier dans le quotidien français « Le Figaro », décrivait l’œuvre dans les termes suivants : « Nimbée des rayons d’un soleil d’aurore se levant sur le Palais des Nations à Genève et sur un paysage pastoral d’une quiétude infinie, la Paix s’avance, un rameau d’olivier à la main, belle et sereine comme une figure de l’antique dont elle semble avoir retrouvé le rythme. Et sur son passage, une mère tend son enfant, la moissonneuse sa gerbe, le vendangeur ses treilles alourdies, l’amour et la jeunesse leurs promesses et leurs enthousiasmes, la science et la poésie leurs rêves et leurs conquêtes, cependant que les nations réconciliées s’étreignent et que l’Espérance, image de l’humanité souffrante, lève son voile et découvre son visage encore bouleversé ».
Friesz livra son carton à la Manufacture des Gobelins en mai 1935. Le tissage sera effectué entre le 25 mai 1935 et le 14 avril 1937 mais l’œuvre, ne sera jamais envoyée à Genève.
C’est donc par un juste retour des choses que cette tapisserie, devenue pièce historique, rejoindra l’année même du 60ème anniversaire des Nations Unies le Palais des Nations à Genève pour lequel elle était destinée et sera exposée à quelques mètres du Salon Français et de la Salle du Conseil, lieu historique de la Conférence du Désarmement. Tout un symbole pour une œuvre intitulée « La Paix » !